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Faut-il accorder le droit de vote aux étrangers ?

Le Duel arbitré par Paul Wermus

De Delanoë à Sarkozy, la classe politique se mobilise. Aziz Senni, chef d’entreprise et auteur de "L’ascenseur social est en panne…", les soutient, au grand dam de Jacques Myard, député UMP des Yvelines. Débat à l’Ernest Bar du Lutetia.

Jacques Myard.
Donner le droit de vote aux immigrés constitue une faute sans appel et crée la confusion. Il y a en France une identité complète entre la citoyenneté et la nationalité.

Aziz Senni.
La République a un devoir vis-à-vis de ces étrangers installés en France depuis cinq ou dix ans, à qui on demande de faire des efforts et de payer des impôts, mais sans contrepartie. Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de choisir les gestionnaires des villes qui les abritent ?

Jacques Myard.
Le statut de l’étranger diffère sur un point essentiel : le droit politique. Si l’étranger veut acquérir ces droits, il a un moyen : la naturalisation, dès lors qu’il prouve son intégration. La République a le droit de refuser des gens qui ne sont pas dignes de devenir français, comme les délinquants et ceux qui ne parlent pas notre langue.

Aziz Senni.
Je suis né au Maroc, je suis arrivé en France à l’âge de 40 jours, j’ai fait ma demande de naturalisation en 1993 et je l’ai obtenue cinq ans plus tard, pourtant mon père est assimilé à un fonctionnaire.

Jacques Myard.
Cinq ans, c’est pas excessif, preuve que ça fonctionne.

Aziz Senni.
Vous ne suivez pas la ligne du président de l’UMP. Sarkozy est d’accord pour le vote des étrangers.

Jacques Myard.
Le droit de vote des immigrés, c’est un pas supplémentaire vers le communautarisme. La République doit tendre la main, mais chaque immigré doit exprimer sa volonté propre d’intégration. Si on distribue le droit de vote comme on distribue des savonnettes ou des aides sociales, on a tout faux.

Aziz Senni.
La crainte de l’UMP, c’est que ces voix aillent à la gauche, les socialistes pensent que ces voix leur seraient acquises. C’est un leurre, la diversité politique existe aussi chez les immigrés.

Jacques Myard.
C’est un mauvais service à rendre aux immigrés, qui auraient presque tous les avantages de la citoyenneté française sans aucun effort, sans aucune contrepartie.

Aziz Senni.
Je suis pour le vote des immigrés qui vivent en France depuis dix ans, si, dans ce cas, ils demandent la citoyenneté, et qu’ils puissent l’obtenir d’office.
Jacques Myard.
Si les étrangers ont le droit de vote, acceptez-vous qu’ils soient élus ?


Aziz Senni.

Non, mais je suis pour qu’ils puissent choisir celui qui va gérer leur vie quotidienne.

Jacques Myard.
C’est bancal et illogique, on ne divise pas le droit de vote.

Aziz Senni.
Les parents de Zidane ou de Jamel Debbouze n’ont pas le droit de voter, est-ce bien normal ?

Jacques Myard.
Voilà des remarques dignes du Café du commerce. La nationalité, c’est comme le choix d’une femme, c’est un choix individuel et non pas collectif

Aziz Senni.
En Espagne ou en Belgique les étrangers ont le droit de vote, le pays des lumières se comporte en pays sous-developpé.

Paul Wermus.
Ne sommes-nous pas tributaires de tout un passé colonial ?


Aziz Senni.
Le statut de l’étranger en France n’a pas évolué depuis cinquante ans.

Jacques Myard.
Ces propos sont intolérables, car les étrangers ont obtenu des avantages énormes en termes de droits sociaux : les allocations familiales, la Sécurité sociale, l’accès à toutes les professions, les retraites, ce qui n’était pas le cas il y a cinquante ans. Si ça, c’est du post-colonial !

Aziz Senni.
Vous vous scandalisez que le principe d’égalité ait été en partie appliqué à ces étrangers ; moi, je m’en félicite.

Jacques Myard.
La France a accordé des droits sociaux économiques à des étrangers, quelle que soit leur origine, c’est bien la preuve qu’on n’est plus dans une vision coloniale.

Aziz Senni.
Les étrangers ont des droits, certes, mais aussi des devoirs, qu’ils appliquent tous, à commencer par le respect de la République et de ses lois.

Jacques Myard.
Malheureusement, trop d’exemples au quotidien prouvent le contraire.

Aziz Senni.
Voilà le genre d’amalgame qu’utilisent les amis de Villiers et de Le Pen. Il n’y a pas plus d’immigrés qui ne respectent pas la loi que de Français.

Jacques Myard.
L’accusation de faire des amalgames n’est pas un argument recevable. Et je vous laisse à ces propos quasi diffamatoires.