Mai 2006


Des médias sans tabous ?

Un thème "médias sans tabous" pour un colloque organisé par un homme connu et reconnu pour sa passion du débat sans langue de bois. Jacques Myard (UMP-Yvelines), président du Cercle Nation et République (CNR) a réuni à l'Assemblée nationale le 12 avril dernier des personnalités d'horizons divers pour s'interroger "sans tabous" sur le nouveau marché des médias, leur responsabilité pour une information de qualité et la garantie du pluralisme dans ce secteur en grande mutation.

A l'heure où se multiplient naissances, disparitions, recapitalisations et concentrations en tous genres sur la planète média, quid du pluralisme des idées et de la liberté d'expression? C'est sur cette question que se sont penchés plusieurs intervenante sous la houlette de Richard Michel, président de la chaîne parlementaire-Assemblée nationale (LCP-AN), "Un jour on m 'interroge sur les risques de concentration excessive, le lendemain sur ceux d'un démantèlement redouté" ironise en conclusion le ministre de la culture et de la communication avant d'ajouter que "la liberté de la presse est fragile", et que "l'Etat doit donc la garantir". D'où un système d'aides à la presse de plus de 280 millions d'euros, un service public de l'audiovisuel puissant et un arsenal législatif anti-concentration complexe.

Cependant, "il ne faut pas confondre le phénomène de concentration qui relève de l'économie avec la question du pluralisme politique et de la diversité culturelle", commente Alain Lancelot, membre honoraire du Conseil constitutionnel, et président d'une commission venant de rendre au Premier ministre un rapport sur les concentrations dans le secteur des médias, Si la commission Lancelot juge qu'il n'y a pas dans l'état actuel de la concentration dans le domaine des médias: "une menace directe pour le pluralisme", elle n'en pointe pas moins les insuffisances et la complexité de la réglementation actuelle largement héritée du droit commun de la concurrence et des lois de 1986 relatives à la communication. Aussi, "l'importance croissante, tant dans l'audiovisuel que dans la presse écrite: des phénomènes d'intégration verticale justice des mesures ciblées: en particulier entre édition et distribution" Favorable au développement du portage, ce texte souligne que "le capital de la principale société de messagerie, les NMPB est détenu à 49 % par le groupe Hachette (Lagardère): qui occuperai ailleurs une place dans l'édition de quotidiens et surtout de magazines, et qui contrôle enfin une grande partie du réseau des kiosques" Dans le cas de la télévision, le rapport Lancelot suggère d'établir des seuils uniquement face à la croissance externe de l'entreprise en proposant de ne garder qu'un seuil d'audience maximale fixée à 37,5 % de l'audience totale. Un dispositif qui se substituerait alors aux seuils de détention du capital et du nombre de fréquences cumulables par un même opérateur.

Mais la question du pluralisme ne se situerait-elle pas en dehors du seul terrain économique? "Où est le pluralisme des opinions dans un contexte de bombardement informationnel" s'interroge Jacques Myard face au développement des chaînes d'information continue qui diffusent en boucle une même information. Le député Emmanuel Hamelin, président du club parlementaire sur l'avenir de l'audiovisuel, a lui réaffirmé que "plus on augmente le nombre de chaînes, plus on augmente la pluralité" en se félicitant du récent boom de la TNT (télévision numérique terrestre). Pour le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), ce fut alors l'occasion "de diversifier les opérateurs et le profit des investisseurs", souligne Alexandra Feuillade. directrice des programmes du CSA. Peut-on en dire autant sur le contenu des programmes ? Rien n'est moins sûr.