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3 mai 2007
« Cessons d’être naïfs »
Jacques Myard, député UMP des Yvelines, co-auteur avec Jérôme Lambert, député PS de Charente, d’un rapport sur “la politique industrielle française et européenne” :
“Il faut réagir face au dumping social”
Pourquoi faut-il une politique industrielle ?
Aujourd’hui l’économie française évolue dans un cadre économique macro-européen, qui est essentiellement fondé sur le principe du “tout concurrence” et l’ouverture pratiquement totale des frontières – puisque le tarif extérieur commun est minoré à 4 % ad valorem. Dans ce cadre, qui est devenu celui de la globalisation, l’Europe ayant perdu son identité économique et commerciale propre vis-à-vis du reste du monde, nos entreprises sont soumises à une forte concurrence des pays émergents. Ceux-ci n’évoluent pas dans les mêmes conditions de concurrence loyale que nous ! Le différentiel monétaire est de 1 à 50 avec la Chine, de 1 à 70 avec l’Inde, voire de 1 à 10 avec les pays de l’Est. Dans ces conditions, la France doit avoir une politique qui permette de réagir à ce qui s’apparente à un dumping social. Ce qui signifie que nous devons muscler notre industrie face à la désindustrialisation. Il faut comprendre que nous sommes au début d’un processus, qui va également concerner les services.
Quelles sont les priorités ?
Il faut deux orientations majeures. D’abord une politique fiscale active pour faciliter les investissements en France. Nous constatons que les Français, qui ont l’un des plus forts taux d’épargne du monde, n’investissent plus dans leur pays pour des raisons fiscales et par attirance pour les émergents. Résultat, l’investissement stagne. Il faut utiliser le patrimoine des Français ! C’est l’ISF qui est en cause, ce sont aussi les droits de succession et l’IS. Certes, il y a un déficit du budget de l’Etat, mais il ne faut pas faire une politique à la “Laval”. Je vous rappelle qu’avec une croissance de 3 % soutenue sur plusieurs années, c’est 500 000 chômeurs en moins et c’est l’équilibre des comptes sociaux. L’objectif est de faciliter l’investissement vers des entreprises et des PME qui font de l’innovation. Ce doit être le résultat d’un dialogue permanent entre les pouvoirs publics et le monde de l’entreprise.
Ensuite, deuxième orientation majeure, Bruxelles doit accepter qu’une politique industrielle facilite des concentrations permettant à des champions européens et français d’exister en Europe, et qu’il y ait des aides qui favorisent la reprise de l’investissement. Je parle d’aides d’Etat en haut de bilan. L’Allemagne, par exemple, vient de lancer un programme de 15 milliards de “high tech strategy” sur quatre ans. J’ajoute qu’il faut veiller à ce que les centres de décision et de recherche soient maintenus en France et en Europe. Il faut donc stabiliser le capital des sociétés innovantes pour éviter les raids. Cessons d’être naïfs !
Vous prônez des participations d’Etat ?
Oui, il ne faut pas renoncer à des participations de l’Etat, même si elles ne sont pas majoritaires. Mais ce n’est pas à l’Etat de gérer l’entreprise, son rôle est de veiller à une stratégie industrielle à travers soit des Agences, comme l’Agence industrielle de l’innovation, soit directement à travers des prises de participation. C’est ce que font pratiquement tous les autres pays, notamment l’Allemagne. Il faut des noyaux durs stabilisateurs : les entreprises qui réussiront dans l’avenir sont celles dont le capital est stable. Il faut sortir du casino permanent auquel nous assistons.
recueilli par Jean-Michel Lamy
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