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le 22 septembre 2004


SNCM: Matignon contredit Devedjian

Pour le ministre de l'Industrie, l'accord «ethnique» favorable aux Corses est «scandaleux».

Par Michel HENRY

Ethnique ou pas ethnique ? C'est la question. L'accord conclu dimanche entre la SNCM (Société nationale Corse-Méditerranée) et le STC (Syndicat des travailleurs corses, nationalistes), qui prévoit un "rééquilibrage" des recrutements en faveur de "navigants résidant en Corse", a causé hier une sacrée cacophonie dans les rangs du gouvernement. Ça flottait tellement que, dans l'après-midi, Matignon a convoqué en urgence des représentants des ministères de l'Economie, de l'Intérieur, de la Justice, de la Fonction publique, du Travail et des Transports afin d'examiner "la conformité" du relevé de conclusions "aux principes du droit français". Conclusion de cette réunion présidée par le directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin, Michel Boyon : le texte n'enfreint pas le "principe de non-discrimination à l'embauche", selon un communiqué publié hier soir par Matignon, qui ajoute toutefois : "L'Etat sera vigilant pour assurer le strict respect de ce principe dans la mise en oeuvre."

Couac. Et pan sur le bec du ministre délégué à l'Industrie, Patrick Devedjian (UMP), auteur du plus gros couac de la journée, hier matin : "Il s'agit d'un accord ethnique scandaleux (...). Le concept juridique de Corse n'existe pas en droit, sauf à retomber dans la mécanique juridique de la définition du statut des juifs sous l'Occupation." L'impétueux Devedjian aurait dû lire le texte avant de parler. Rien d'ethnique là-dedans : c'est l'avis du préfet de Corse. Pierre-René Lemas rappelle que l'accord prévoit "un rééquilibrage" et non une "corsisation" des emplois, grand thème de lutte des nationalistes qui ferait, lui, "rentrer dans une logique ethniciste, intolérable, inacceptable et, pour tout dire, raciste".

Ce "rééquilibrage", assure encore le préfet de Corse, "ne peut évidemment choquer personne puisqu'il s'agit d'activités maritimes et que les ports d'attache de part et d'autre doivent bénéficier naturellement des retombées économiques". En écho, le préfet de la région Paca (Provence-Alpes-Côte d'Azur), Christian Frémont, explique qu'"il n'y a ni discrimination positive ni reconnaissance d'une communauté corse distincte au sein de la compagnie. On veut donner les mêmes possibilités de recrutement aux gens résidant en Corse qu'aux personnes du continent".

"Pas fachos". Cela n'empêche qu'après le tollé syndical lundi, les politiques ont émis leurs propres doutes, hier. Ethnique ou pas ethnique ? Ethnique, pour Hervé Gaymard, ministre de l'Agriculture, "perplexe" : l'accord ne correspond pas à sa "vision de la République et de la nation". "Extrêmement préoccupé", le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, s'interroge, lui, "sur le caractère légal et acceptable" du texte. Quant au député UMP des Yvelines, Jacques Myard, il demande, comme la CGT, l'invalidation de l'accord, qui "déshonore la République".

Matignon les a tous envoyés sur les roses hier soir. Pas sûr que cela suffise à désamorcer la polémique. Pendant ce temps, 200 salariés de la SNCM ont manifesté, hier matin à Marseille, bloquant un bateau. Ils profitent du tohu-bohu médiatique pour défendre les 2 400 emplois de la compagnie maritime publique, plus menacés par ses mauvais résultats que par l'accord avec le STC. Hier soir, la plate-forme syndicale, hors STC, était reçue au ministère des Transports. Déception à la sortie : "Après quatre heures de discussion, nous n'avons eu aucune réponse", déplorait Jean-Paul Israël, délégué CGT. De son côté, le responsable du STC, Alain Mosconi, dénonçait le "raccourci très dangereux" de Devedjian. Ethnique ou pas ethnique ? "Comme si on était des fachos !" dit Mosconi.