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vendredi 9 juillet 2004
MAJORITÉ Unanimes pour dénoncer les effets pervers de la réduction du temps de travail, les députés du parti chiraquien divergent quant aux corrections à y apporter
35 heures : l'UMP hésite entre réforme et retouches
Sophie Huet
En réclamant "une réforme profonde" des 35 heures la semaine dernière, Nicolas Sarkozy a remis sur le tapis un sujet qui embarrasse le gouvernement et qui divise la majorité depuis le début de la législature. Plus personne, même chez les libéraux de l'UMP, n'ose réclamer l'abrogation pure et simple des lois Aubry, que le Medef ne demande pas davantage. Le cap a été fixé par Jacques Chirac lui-même, qui s'était engagé pendant la campagne présidentielle à "ne pas revenir sur la durée légale du travail" considérée à l'Elysée et à Matignon comme "un acquis social". Mais face à l'évolution des mentalités des Français, qui souhaitent désormais massivement pouvoir choisir leur durée de temps de travail (lire encadré), le chef de l'Etat devrait réagir à cette nouvelle attente sociétale, lors de sa traditionnelle intervention télévisée du 14 juillet.
Jean-Pierre Raffarin, qui reste très prudent sur la question, a réaffirmé, en réponse aux propos du ministre des Finances, que la France devait "augmenter le nombre total d'heures travaillées". Le premier ministre a appelé à des "discussions" avec les partenaires sociaux, sans prendre d'engagement sur un calendrier de négociations, ni sur les modalités, ni sur le contenu d'une éventuelle réforme des 35 heures. Jean-Pierre Raffarin a simplement indiqué par lettre à Patrick Ollier, président UMP de la commission des affaires économiques de l'Assemblée, et à Hervé Novelli, rapporteur de la mission d'information sur les 35 heures, qui a rendu ses conclusions en avril, que le gouvernement et la majorité feraient "le point en septembre sur le temps de travail".
Au sein du gouvernement, la voie privilégiée est celle du dialogue social. "Il reste beaucoup de champ à explorer par la négociation", affirme Gérard Larcher, ministre délégué aux Relations du travail, qui estime qu'"il n'y a pas besoin de loi tant que l'on n'a pas exploré toutes les possibilités des lois Fillon". De son côté, le président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer, ne cache pas que les députés de la majorité "souhaitent que l'aménagement et l'assouplissement des 35 heures soient poursuivis". S'il y a un consensus sur l'analyse, il y a en revanche des divergences sur la façon d'opérer.
Faut-il ou non légiférer à nouveau ? "Le moins possible", répond Pierre Méhaignerie, président de la commission des finances de l'Assemblée, qui juge qu'"il vaut mieux agir par la voie du décret et du contrat". Jean-Michel Dubernard, président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée, est lui aussi favorable à une adaptation "en souplesse" de la durée du temps de travail. "Les 35 heures ont tellement été présentées comme une avancée sociale majeure qu'il est difficile de faire marche arrière. Il faut garder le principe, mais laisser aux salariés la possibilité de retrouver du pouvoir d'achat en travaillant plus", estime le député du Rhône.
D'autres élus UMP pensent à l'inverse qu'il faut une réforme plus radicale. "Sur les 35 heures, le cap idéologique n'est pas clair. Du coup, nous sommes critiqués à la fois par les gens qui ont peur que l'on touche à leurs RTT, et par ceux que l'on déçoit", dénonce Pierre Lellouche, pour lequel "il faut légiférer, quitte à être impopulaire". Pour Jacques Myard, la gauche "a commis une faute de civilisation, car ce n'est que par le travail et le mérite que la France progressera". Le député des Yvelines juge que le gouvernement "a tort de ne pas le dire clairement aux Français, qui sont capables de comprendre ce discours".
Le sarkozyste Christian Estrosi est tout aussi sévère : "Pourquoi avoir voté contre les 35 heures pour leur trouver aujourd'hui des vertus, alors qu'elles ont généré du travail au noir et des délocalisations ?" Egalement proche de Sarkozy, Yves Jego "craint qu'il faille à nouveau légiférer" et se dit favorable à "une durée du temps de travail établie en fonction de la croissance et du résultat". Dénonçant, comme Pierre Lellouche, le "rêve illusoire" des 35 heures, Yves Bur estime que "le vrai courage serait de revenir sur les lois Aubry". "Mais je suis sans illusion", ajoute-t-il. Hervé Mariton renchérit : "Il y a un vrai danger pour la majorité de parler régulièrement de réforme et de ne rien faire. Les 35 heures ont été un piège pour la gauche, elles vont finir par être aussi un piège pour la droite." Le chef de file des Réformateurs, Hervé Novelli, a au moins la satisfaction de voir que le sujet est loin d'être enterré.
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