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5 mars 2010


La Grèce victime de l'incurie de l'Europe

Les touristes qui visitent l'Acropole sont toujours impressionnés d'y trouver un autel consacré au "dieu inconnu". Saint-Paul lui-même en avait été ébahi lorsqu'il s'était rendu lui-même à Athènes : "ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c'est ce que je viens moi vous annoncer", avait il lancé à ses hôtes païens, mais suffisamment perspicaces pour imaginer le monothéisme.

Les Athéniens de 2010, quant à eux, ne connaissent que trop bien ce que leur proposent les bons apôtres qui se pressent à leur chevet, les Merckel, les Junker, Trichet, et autres Strauss-Kahn. Et on comprend qu'ils vénèrent assez peu un discours consacré exclusivement à l'austérité.

On a beaucoup discuté pour savoir qui du FMI ou de l'Union européenne serait le mieux qualifié pour piloter le programme spartiate proposé à Athènes. Une aide financière devrait-elle venir de la zone euro ou de ce deus ex machina qu'est le FMI, d'autant plus fort pour dicter ses conditions qu'il est à l'extérieur de l'intrigue ? Ce débat sur la rigueur, en soi indispensable, a totalement occulté la stratégie économique et les perspectives de croissance que la Grèce se doit de proposer à sa population.

Que le pays achète trois fois plus qu'il ne vend à l'étranger (respectivement 63,8 et 19,8 milliards d'euros en 2008) est pourtant aussi inquiétant que l'ampleur d'un déficit public avoisinant 13% du PIB. Que les Grecs soient chapmions de l'évasion fiscale et de l'économie au noir est à l'évidence condamnable. Mais cela révèle avant tout un manque cruël de compétitivité. Notamment vis à vis de la Turquie, qui offre les mêmes plages en beaucoup moins cher.

Les gouvernements de la zone euro et leur électorat on t trop tendance à poser l'équation en termes de morale. ("Les Grecs vivent au dessus de leurs moyens")C'est plus facile que d'élaborer des réponses coopératives, lesquelles dépassent d'ailleurs largement le cas hellène. Ainsi l'opinion publique allemende a tellement peur de se faire plumer, que deux députés du Bundestag suggèrent que la Grèce cède certaine de ses îles pour rembourser ses créanciers !

Il serait plus pertinent de s'interroger sur les énormes excédents commerciaux bilatéraux que l'Allemagne enregistre avec la quasi totalité de l'euroland (27 milliards d'euros vis à vis de la rance, 4,8 milliards avec la Grèce). Voilà qui reflète certes la qualité du "made in Germany". On peut y voir aussi l'expression d'une stratégie de "désinflation compétitive", l'alpha et l'oméga d'une Allemagne à la population vieillissante avide d'éparge et dont la croissance se fait aux dépens des autres.

Faute d'une "gouvernement économique européen", à l'état de voeu pieux, il est donc dormal que les eurosceptiques occupent le terrain. Tel le député UMP Jacques Myard, estimant que la Grèce "ne peut pas rester dans une monnaie unique qui l'étrangle". quant à une éventuelle intervention du FMI, elle traduirait l'incurie de l'Europe à traiter de ses affaires. Et cela poserait un rude dilemme pour l'institution que dirigee Dominique Strauss-Kahn. Le remède premier du FMI consiste toujours à demander une dévaluation de la monnaie, façon la plus indolore de redonner de l'oxygène à un pays.