| |

30 mai 2003
Reconquérir la laïcité
Jacques Myard Député UMP
La laïcité a mis un terme depuis un siècle aux querelles religieuses en France, en établissant une stricte séparation entre la liberté religieuse qui relève de la conscience de chacun et la sphère publique régie par la loi votée par les représentants du peuple issus du suffrage universel.
Elle est considérée par les Français comme un pilier de notre univers social, mais dame vénérable, ses qualités, la neutralité des services publics, l’égalité de tous les citoyens, se sont sans doute affadies au cours du temps. De surcroît, la venue sur le territoire français de populations de cultures dans lesquelles le fait religieux est la source unique et totalitaire - comprenons globale - des activités humaines, provoque des tensions.
Loin d’accepter la dichotomie entre la sphère publique et la sphère privée, certains individus ou groupes religieux, islamistes pour la plupart mais ils ne sont pas seuls en cause, sont déterminés à imposer à la société la reconnaissance explicite de préceptes fondés sur leur dogme religieux. Le voile porté par les jeunes musulmanes au sein des écoles publiques n’est pas un simple attribut vestimentaire : il sous-tend une volonté d’afficher une identité religieuse, expression d’un prosélytisme contraire à la neutralité des enceintes scolaires.
D’aucuns, jusqu’au sein du gouvernement, veulent minimiser ces faits, appelant à la tolérance à l’égard de ces jeunes femmes voilées ou arguant que le Coran lui-même n’impose pas le port du foulard. Renoncer à affirmer clairement nos principes républicains constitue une lourde faute. S’appuyer sur le Coran pour combattre le port du foulard équivaut à faire entrer dans le débat public des arguments théologiques dont la République n’a pas à connaître.
Le port du foulard outrepasse largement sa signification religieuse. Il constitue de manière évidente pour les femmes un élément de rattachement, voire d’enfermement communautaire qui renvoie à la place et au rôle de la femme en pays d’islam, lesquels n’apparaissent guère compatibles avec la conception occidentale de l’égalité des sexes. Mais le port du foulard marque surtout une étape dans la stratégie des fondamentalistes musulmans pour imposer leurs vues religieuses à la société.
Trop de signes l’attestent : l’exigence du mari musulman que son épouse soit interrogée aux épreuves du baccalauréat par une examinatrice de sexe féminin ; la demande d’un jour de piscine réservé aux femmes, excluant la gent masculine ; la destruction d’abri bus dont la publicité pour une marque de lingerie féminine est jugée offensante ; l’interdiction imposée à la supérette de quartier de vendre de l’alcool sous peine de représailles…
Petit à petit, impunément, au nom de leur dogme religieux, les fondamentalistes gagnent du terrain, allant jusqu’à invoquer, pour le retourner à leur profit, le principe de non discrimination. Etrange paradoxe ! Nombre d’exemples dans le monde entier attestent de la stratégie de surenchère de ces extrémistes qui se rient de nos faiblesses de démocrates laxistes et pusillanimes. Mais il est encore temps de réagir avant que ne soit atteint le point de non retour, où les incompréhensions mutuelles seront sources d’inéluctables affrontements.
La laïcité est au coeur de la République, gravée dans la Constitution à son article premier. Il appartient à la loi et à la loi seule d’en préciser le contenu et les effets ; la République ne saurait se contenter d’un avis du Conseil d’Etat, qui n’exprime en définitive qu’une argutie juridique et n’a en rien permis d’apaiser les tensions. Un coup d’arrêt doit être porté à la dérive communautariste qui s’enracine dans les dogmes religieux. Il est urgent de reconquérir la laïcité au nom de ce que nous avons de plus cher, la paix civile.
|
| |