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4 mars 2008


Sectes : « Pas un faux problème »

Député UMP des Yvelines, très attaché à la laïcité, Jacques Myard souhaite une nouvelle commission d'enquête sur les sectes. Membre des trois commissions parlementaires précédentes sur les sectes, Jacques Myard, qui avait aussi organisé un colloque sur les religions et la laïcité, vient de demander au président de l'Assemblée nationale une nouvelle commission d'enquête, qui serait la quatrième depuis 1995.

Une nouvelle commission est-elle nécessaire ?
L'actualité au quotidien nous montre que les travaux précédents ne peuvent être gravés dans le marbre, même s'ils sont perçus comme des acquis. Il est nécessaire de rafraîchir la mémoire de certain ou certaine sur la réalité du phénomène sectaire. Lors de la dernière commission qui a enquêté sur les mineurs, nous avons appris qu'il existait des dérives dans le domaine médical et paramédical. Des thérapeutes ou soi-disant tels utilisent les médecines douces ou parallèles et promettent des miracles. Or, ces gens-là ne font pas de miracles. Parmi eux, il y a des charlatans. Il me paraît nécessaire de rétablir une juste appréciation dans ces domaines. Le ministre de l'Intérieur vient de rappeler aux préfets qu'ils devaient se montrer vigilants à propos des dérives sectaires. Je ne suis pas contre la liberté de conscience et religieuse, mais les dérives relèvent de l'action publique et du code pénal.

Qu'apporterait de plus cette quatrième commission ?
La première a permis une approche globale du phénomène sectaire avec l'établissement d'une liste sur laquelle je persiste et je signe. Sauf pour les Rose-croix. La deuxième portait sur le financement des sectes qui utilisent le domaine de la formation professionnelle pour faire du fric. Avec la troisième, sur les mineurs, nous avons découvert des choses troublantes et scandaleuses, comme la non-scolarisation ou les violences sur enfants. Je ne juge pas Tabistha's place ou les Témoins de Jéhovah - ces derniers ont même obtenu le statut d'association cultuelle - ce que je juge, ce sont les dérives.

Faut-il donner une définition de la secte et de la religion ?
Je suis contre toute modification de la loi de 1905. En tant que législateur, je suis infoutu de définir ce qu'est une religion. Je constate qu'elles existent. Peu importe qu'un gourou vénère un grand chêne, mais s'il prétend dicter leur conduite à des enfants qu'il assoit sur les branches de ce chêne et les empêcher d'aller à l'école, je me sens en droit d'intervenir. Je suis favorable à la liberté absolue de croire ou de ne pas croire. En terme politique, je ne sais pas ce qu'est une religion, mais si elle veut dicter des comportements individuels, je m'y oppose.

Que pensez-vous des déclarations d'Emmanuelle Mignon, la conseillère de Nicolas Sarkozy, qui considère que les sectes sont un non-problème ?
Je m'en tiens à sa rétractation, mais de manière générale, les sectes ne sont pas un faux problème ou un non-problème. Mme Mignon a d'autres qualités par ailleurs.

La Scientologie est-elle un problème ?
Quand je constate que certains de ses membres séquestrent quelqu'un qui veut en sortir, c'est qu'il existe des dérives. La Scientologie est mêlée à des délits d'abus de faiblesse, de harcèlement, de pressions morales, de manipulations, qui montrent qu'elle enfreint les lois de la République. L'Espagne l'a reconnue comme religion. Les Allemands l'ont interdite et ils sont sensés.

Faut-il supprimer la mission de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes ?
Non, elle mène un travail d'alerte et de faire savoir. Elle n'est pas là pour agir à la place des autorités publiques. Elle a toute sa place dans la sensibilisation du phénomène.

Propos recueillis par Patrick PEROTTO