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L’euro, du Capitole à la roche tarpéïennepar Jacques Myard, Député UMP, président du Cercle Nation et République le 4 mai 2010 L’actuelle crise de l’euro, dont la crise grecque est l’illustration, n’est en rien une divine surprise. Elle était prévisible et inscrite en filigrane dès le premier jour de la création de la monnaie unique. Cette crise s’explique aisément : la zone euro n'est pas une zone économique optimale. En d’autres termes, la zone est constituée d’économies divergentes dont les fondamentaux s’éloignent inexorablement les uns des autres malgré la monnaie unique, et ce contrairement au discours officiel asséné lors de la création de l’euro, telle une vérité transcendantale, selon lequel la monnaie unique exercerait un effet vertueux sur la convergence des économies. En raison des divergences économiques croissantes, l’euro est devenu une monnaie inadaptée pour la plupart des Etats de la zone, dont la situation économique exige une monnaie moins chère. Ce n’est pas la Grèce qui a déstabilisé l’euro, c’est l’euro qui a mis la Grèce en faillite _ même si les Grecs ont largement fraudé sur leurs statistiques ; mais ces fraudes sont très secondaires par rapport à la perte de compétitivité de la Grèce comparée aux autres économies de la zone euro, évaluée à 40% au moins. Face à cette situation, l’Union européenne et le FMI se mobilisent pour prêter à la Grèce. Ces prêts sont politiquement inéluctables et répondent à une double obligation : une obligation de solidarité politique au nom même de l’euro, et une obligation structurelle au nom de la nécessité de renflouer l’Etat distancé par la perte de sa compétitivité. En complément du plan d’aide, Bruxelles impose à Athènes une véritable purge pour réduire les déficits, conformément à l’approche de la théorie libérale classique, qui consiste à réduire les salaires et le train de vie de l’Etat afin de rétablir les équilibres. Mais cette politique est déflationniste et va encore ralentir la machine économique grecque. C’est une politique à la « Laval » qui aggravera la situation. L’union monétaire de la zone euro devient, de fait, une union de transferts dans laquelle les riches payent pour les pauvres. C’est aujourd’hui le cas de la Grèce, demain ce sera le tour du Portugal, de l’Espagne…La dérive de l'Union vers une union de transferts est inscrite dans l’essence même de l’euro. Dans ces conditions, est-il juste d’accuser les banques de spéculation contre la Grèce ? Rien n’est plus faux ! Il faut, en effet, savoir que le Traité de Maastricht faisant interdiction au système des Banques centrales de prêter aux Etats, - comme le fait la Réserve fédérale américaine qui souscrit des Bons du Trésor américain - , dès lors les Etats européens doivent se tourner vers les fonds privés des marchés. Est-il logique de reprocher aux marchés, et plus particulièrement aux agences de notation, d’apprécier la capacité de l’emprunteur à rembourser ? Non, c’est une évidence ! La crise provient-elle, alors, de l’absence de gouvernement économique fédéral et de coordination budgétaire ? C’est là encore une tragique illusion. La coordination budgétaire n’y aurait rien changé. Le cas de la Tchécoslovaquie le prouve. Cet Etat s’est disloqué, alors qu’il bénéficiait des instruments complets d’un gouvernement économique et pourtant rien n’y fit : les Tchèques refusèrent de payer de manière permanente pour maintenir à flot la Slovaquie. L’Histoire monétaire est riche de monnaies artificielles qui se brisent sur les réalités économiques. Ce n’est qu’une question de temps. L’Union Latine de 1865, dissoute en 1927, fournit également un exemple probant. L’euro n’échappera pas à cette logique centrifuge. Les Etats européens sont désormais face à une alternative : - prêter de manière durable à la Grèce pour équilibrer le budget grec en déficit permanent en raison de la perte de compétitivité de son économie - ou organiser la sortie de la Grèce de l’euro pour qu’elle dévalue et retrouve une monnaie adaptée. Les Etats devront alors rééchelonner la dette grecque, qui est majoritairement libellée en devise (euro ou dollar). Mais dans ce cas, la Grèce retrouvera sa compétitivité perdue. La crise actuelle n’est ni fortuite, ni conjoncturelle, elle traduit la déficience structurelle d’une monnaie politique. Cette crise est bien la revanche de la réalité sur l’esprit de système dont les échecs remplissent le cimetière des utopies.
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