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M. Jacques Myard. Monsieur le ministre, permettez-moi de faire deux remarques préliminaires. L’Europe est en crise, personne ne saurait le nier. Mais cette crise n’est-elle pas due à la boulimie de l’Europe, qui a empilé les compétences à Bruxelles et qui, après s’être élargie, doit aujourd’hui s’amaigrir et s’en tenir à l’essentiel, c’est-à-dire à la gestion d’un continent ?
Deuxièmement, se pose la question de la zone euro. Il est impossible – vous venez de le reconnaître – de mener une politique monétaire unique avec des économies divergentes, et c’est d’autant plus difficile quand on adopte la politique monétaire de l’économie dominante, celle de la Buba – la Bundesbank. Nous ne nous en sortirons pas, je le crains, si nous n’en passons pas par la monétisation de la dette, si nous ne faisons pas baisser l’euro sur les marchés afin de retrouver une compétitivité au plan international.
Ma question concerne plus précisément la concurrence et la politique commerciale de l’Union européenne. Aujourd’hui, le « tout concurrence » de la Commission me paraît complètement décalé par rapport aux économies émergentes qui pratiquent très souvent le dumping social, le dumping économique, le dumping politique et financier, en manipulant leur monnaie sous-évaluée, alors même que la direction de la concurrence de Bruxelles est toujours sur le level playing field. Je suis intimement convaincu que, pour défendre notre industrie, il nous faut aujourd’hui avoir une politique industrielle nationale et communautaire. C’est bien la question fondamentale, car le « tout concurrence » aboutit à la désindustrialisation de la France et de l’Europe.
Aussi, ma question sera-t-elle simple.
Quelles initiatives le Gouvernement prendra-t-il pour aller dans ce sens ?
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Jean Leonetti, ministre. Monsieur le député, j’ai lu avec intérêt votre rapport relatif à la politique industrielle. Il comporte de nombreux éléments pertinents, que vous avez rappelés.
Une Europe qui se construit, c’est une Europe qui se défend, qui affirme qu’elle a des frontières, qui ne s’étend pas éternellement à l’ensemble des pays du monde. Une Europe qui se construit, c’est une Europe qui approfondit, qui défend la compétitivité. Une Europe qui se construit, c’est une Europe qui défend la croissance.
Compétitivité et croissance : je l’évoquais dans mon propos préliminaire, comment pouvons-nous faire en sorte de vivre dans un monde ouvert sans nous retrouver dans une situation de non-réciprocité ou de concurrence déloyale ? Je préférerais d’ailleurs l’expression de « concurrence déloyale », pour que certains esprits chagrins ne taxent pas la France de protectionnisme. (« Très bien ! » sur plusieurs bancs du groupe UMP.) Nous ne sommes pas là pour protéger nos industriels, mais pour que les règles du jeu soient les mêmes à l’intérieur de l’Europe et à l’extérieur.
Nous sommes là pour faire en sorte que, lorsqu’un produit industriel est fabriqué dans des conditions sociales et écologiques très différentes de celles imposées à l’intérieur de la zone euro ou de l’Europe, une taxe soit imposée aux frontières. Et nous en venons aux deux grandes propositions de la France au niveau européen : il faut imposer la réciprocité et la concurrence loyale, imposer que, grâce au budget européen, l’Europe progresse, se projette, avec les grands projets concernant le numérique, Galileo ou ITER, et imposer, au sein de la zone euro, l’émergence de l’élément social, culturel et démocratique. La réciprocité, la concurrence loyale, la compétitivité : c’est l’objectif de la France, c’est l’objectif de l’Europe. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)
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