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Assemblée nationale
XIIIe législature
Session ordinaire de 2008-2009


Compte rendu intégral

Séance du 9 juin 2009


Programmation militaire pour les années 2009 à 2014


M. le président. La parole est à M. Jacques Myard.premier orateur inscrit.

M. Jacques Myard. Cette loi de programmation militaire pour la période 2009-2014 est un texte essentiel, car l’avenir de notre pays réside avant tout dans sa capacité de défense.

La mission de défense est simple : défendre nos intérêts, l’intégrité du pays, sa souveraineté, son indépendance. À cette fin, nous devons être prêts à toute éventualité, y compris à l’imprévisible… Or la situation internationale, loin d’être imprévisible, est au contraire grosse de certitudes tragiques. Le monde est de plus en plus risqué, chaotique, et il ne s’agit pas de jouer les oiseaux de malheur mais bien de faire preuve de lucidité.

En effet, les crises régionales se multiplient, que ce soit au proche et au moyen Orient ou en Asie, je pense bien sûr à l’Afghanistan. Le Pakistan est de plus en plus fragile, les tensions entre les deux Corée croissent, l’Afrique est devenue très instable. Les ruptures géostratégiques s’accentuent, suscitant des déséquilibres démographiques et économiques qui vont engendrer d’importantes migrations sur fond d’incompréhensions politiques, culturelles et religieuses croissantes susceptibles de provoquer des actions terroristes. Les trafics illégaux de drogues et d’armes prospèrent, organisés par des réseaux de plus en plus puissants. Tout cela, pour reprendre la formule que vous connaissez bien, dans un monde devenu un village planétaire.

À ce tableau rapide de la situation internationale, il convient d’ajouter, sans pour autant donner dans le fantasme, le risque de prolifération des armes de destruction massive. Face à cette situation, la France se doit de ne pas baisser la garde. De plus, si, comme toujours, elle doit resserrer ses alliances, c’est d’abord sur ses propres forces qu’elle doit compter, ainsi que l’aurait dit Mao Tsé-Toung.

Toute nation qui néglige ses armées, plaçant sa sécurité dans l’alliance avec un puissant, est inéluctablement vassalisée. S’il est nécessaire d’entretenir des alliances, gardons-nous de nous laisser entraîner dans des querelles qui ne sont pas les nôtres.

J’aborderai par conséquent trois points : nos concepts stratégiques, les moyens mis en œuvre et le jeu de nos alliances.

Les concepts stratégiques de notre défense se fondent sur cinq éléments : connaître et anticiper – tâche qui incombe au renseignement –, dissuader – c’est le cœur de notre indépendance –, prévenir par des bases avancées, protéger la population française et, enfin, intervenir à l’extérieur en tant que de besoin.

Si l’on ne peut que souscrire à ces objectifs, quels sont les moyens de leur mise en œuvre ? Il s’agit d’abord des moyens financiers. Je regrette qu’ils croissent très légèrement, à savoir de 4 % en euros 2008, passant de 29 à 30,9 milliards d’euros. On peut même qualifier cet effort de minime puisqu’il correspond à 1,7 % du PIB alors qu’il devrait au moins atteindre 2 %. Quant aux ressources exceptionnelles, elles décroîtront rapidement à partir de 2010 et l’on peut d’ailleurs les comparer à un fusil à un coup.

Beaucoup plus inquiétante est la cure d’amaigrissement des effectifs, qui passent de 314 200 à 276 000 hommes. Cette réduction est des plus préoccupantes, monsieur le ministre, même si des économies de structure sont possibles avec la création de bases de défense. Réduire nos forces à 276 000 hommes avec une force de projection d’à peine plus de 30 000 hommes, mêmes dotés d’une puissance de feu inégalée à ce jour, constitue à mes yeux une faute que nous risquons de payer très cher.

Reste à évoquer le cadre international de nos actions, autrement dit nos alliances. Nous avons rejoint l’OTAN au moment où cette organisation militaire devenait un instrument d’intervention en dehors du territoire couvert par ses États membres.

Dans ce contexte, il apparaît clairement que la réorganisation de notre défense, en privilégiant la fonction de projection et d’intervention, transforme nos forces en corps expéditionnaire.

Cette évolution pose deux problèmes d’ordre militaire et politique. Même si nous conservons la maîtrise de la décision de l’utilisation de nos forces, en rejoignant l’OTAN sous la pression amicale du consensus otanien, nous serons amenés à participer à des conflits qui ne sont pas les nôtres, comme l’illustre bien le cas de l’Afghanistan.

Mais le risque n’est pas seulement militaire, il est aussi politique, car la France a déjà largement payé le développement du concept de corps expéditionnaire dont le destin est de se couper de la nation. Il est regrettable, à ce titre, que nombre de villes aient perdu leur régiment. L’évolution actuelle risque donc d’aboutir à une coupure entre la nation et son armée.

Il est évident que la baisse quantitative de nos forces conduira à privilégier la projection dans un corps expéditionnaire. C’est une faute, tout comme leur emploi au sein de l’OTAN, machine exclusivement américaine. Aussi m’abstiendrai-je sur ce texte.





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