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Assemblée nationale
XIIIe législature
Session ordinaire de 2008-2009


Compte rendu intégral

Séance du 13 décembre 2007


Pouvoir d'achat


M. Jacques Myard. On entend souvent dire que les Français sont fâchés avec les mécanismes économiques. Or, tel n’est pas mon avis : ce sont nos choix structurels qui ont abouti au blocage économique actuel. Il est donc urgent de déverrouiller les structures macroéconomiques de la France, qu’il s’agisse de la demande ou de l’offre. Il faut jouer sur ces deux tableaux pour augmenter le pouvoir d’achat, lequel est, non une cause première, mais une conséquence économique.

Nous devons tout d’abord agir sur l’offre et la demande de travail. Permettre le rachat des heures de RTT est une excellente mesure que nous devrons étendre à toutes les fonctions publiques pour leur redonner plus de souplesse. Il faut également se départir de l’idée que la retraite est une impasse : on ne cesse jamais de pouvoir servir l’économie de son pays ! Supprimons donc toutes les entraves au cumul de l’activité et de la retraite. Là aussi, il faut de la souplesse : un senior doit pouvoir travailler selon son gré ou selon les possibilités qui s’offrent à lui.

Comme l’a indiqué le président Ollier, on peut être en revanche plus réservé sur la question du déblocage des fonds de participation : c’est un fusil à un coup, et la hausse ponctuelle du pouvoir d’achat qui pourrait en résulter n’aura pour contrepartie aucun travail effectif. Veillons aussi à ne pas accroître artificiellement une demande qui ne correspondrait pas à une offre !

Deuxième nécessité absolue, il faut augmenter les investissements. L’épargne française est en effet partie à l’étranger à cause d’une fiscalité sur le patrimoine particulièrement imbécile – je pense à l’ISF, mais aussi, dans certains cas, à l’IS. Instaurons donc un moratoire fiscal afin de faire revenir l’épargne en France !

N’oublions pas non plus les effets de la mondialisation : la TVA sociale n’est certainement pas la solution à tous nos maux, Monsieur Sapin, mais c’est un moyen de corriger les avantages dont jouissent les pays où le coût de travail est plus faible que chez nous.

Il faut explorer cette piste sans dogmatisme, à droite comme à gauche.

J’en viens aux carcans imposés par l’Union européenne : nous avons besoin de coopérations, qu’on le veuille ou non, mais pas de la monnaie unique, qui est totalement inadaptée à la structure de notre production. L’autisme de la Banque centrale nous coûte cher ! Mieux vaudrait disposer de deux monnaies différentes, l’une autour de l’économie la plus forte, l’Allemagne, l’autre autour de la France, de l’Italie et de l’Espagne, pays dont les structures sont comparables.

N’oublions jamais que l’euro fort nous a coûté un point de PIB au cours des cinq dernières années en entravant nos exportations ! Comme j’ai eu l’occasion de le dire au gouverneur de la banque centrale, la monnaie unique est parfaite, mais seulement pour un monde parfait qui n’existe pas… Il est particulièrement regrettable que le traité de Lisbonne ne remette pas les pendules à l’heure !

Par ailleurs, le « tout Europe » a prévalu pendant des années pour nos exportations. Or, nos partenaires européens ne nous achètent plus rien, car leur population vieillit. Cela, l’Allemagne l’a compris en jouant, depuis 1992, la carte des pays émergents. Las, nous nous sommes cantonnés, pour notre part, à une euro-béatitude complète. Il est temps de miser sur la mondialisation et d’aller au grand large !

Alors qu’il faudrait mener une véritable politique industrielle au niveau européen, nous avons également cassé EDF et GDF au nom de modèles mathématiques. Or, la concurrence n’est pas tout ! Il faut protéger nos intérêts en préservant les entreprises qui réussissent – nous le disions encore hier à un commissaire européen enfermé dans ses modèles mathématiques. À cette politique industrielle doit s’ajouter une politique active en faveur des familles, notamment les plus nombreuses, car ce sont elles qui portent l’investissement et qui sont l’avenir de notre nation ! Faute d’agir dans ces domaines, le pouvoir d’achat, qui n’est que le résultat d’une politique économique, n’augmentera pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)





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