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Mme la présidente. La parole est à M. Jacques Myard.
M. Jacques Myard. Monsieur le ministre, en matière de sécurité, vous faites le choix des nouvelles technologies et vous avez raison. Mais il ne faut pas oublier que les plus belles des technologies ne valent que par le nombre des hommes mis à leur service. En l’occurrence, je suis intimement persuadé que les hommes doivent rester suffisamment nombreux pour assurer le niveau optimal de sécurité que nous attendons de la part de la police nationale et de la gendarmerie.
J’ai entendu nombre de critiques de la part des archéo-gauchistes – ils ne sont pas là aujourd’hui – dénonçant une énième loi de sécurité qui illustrerait la prétendue psychose sécuritaire du Gouvernement et de sa majorité.
Ah, qu’ils sont plaisants ces bobos donneurs de leçons qui plastronnent dans les salons et ne connaissent le peuple et l’insécurité qu’il subit qu’à travers la lorgnette de leur idéologie de soixante-huitards attardés !
M. Jean-Frédéric Poisson. Bien envoyé !
M. Jacques Myard. En réalité, ces donneurs de leçons sont à l’origine de la sape du principe d’autorité, qui est au cœur de la sécurité. Le principe d’autorité, ce n’est pas simplement la matraque du gendarme, c’est la mise en œuvre, dès la maternelle, d’une instruction civique destinée à établir le libre ordonnancement des choses, en vertu duquel les enfants respectent leurs parents et leurs professeurs.
C’est pour avoir négligé cet enseignement, qui appartient aux fondamentaux de notre société et qui est aussi vieux que le monde – Platon avait des formules extraordinaires à cet égard –, que nous récoltons aujourd’hui les fruits du laxisme ambiant.
Vous avez raison de dire, monsieur le ministre, même si cela suscite les critiques, les holà ! des bonnes âmes promptes à s’émouvoir, que la meilleure garantie de la sécurité est la sanction. Toute loi sans sanction est une loi méprisée et donc inutile.
M. Serge Blisko. Vive les maisons de correction !
M. Jacques Myard. Non, les bataillons d’Afrique : c’est beaucoup plus efficace, croyez-moi, et ça forme la jeunesse. Je peux vous dire que je crois davantage à la discipline militaire qu’à la prison, je vous renvoie à la proposition de loi que j’ai déposée.
J’approuve donc sans réserve votre approche et les nouvelles dispositions que vous proposez en matière de cybercriminalité. En ce domaine, nous n’échapperons toutefois pas à une convention internationale. Nous commençons dans l’ordre national, mais l’isthme étroit de l’Europe n’étant pas suffisant, il nous faut une convention internationale car chacun sait que le réseau est mondial.
J’approuve également la vidéoprotection et l’intelligence économique, qui doit être un élément moteur de notre politique industrielle, car nous sommes très en retard sur les pays anglo-saxons dans ce domaine. Vouloir mettre de l’ordre dans ce réseau me paraît une bonne chose.
Il est nécessaire également de protéger nos intérêts fondamentaux, notamment d’assurer la protection de nos agents. Ces dispositions feront, je pense, l’unanimité sur les bancs de cette assemblée, car elles sont nécessaires à la sécurité nationale, la France étant, là encore, très en retard par rapport aux pays anglo-saxons qui disposent de mesures législatives pour protéger leurs agents.
M. Jean-Frédéric Poisson. C’est vrai !
M. Jacques Myard. Toutefois, s’il est légitime de lutter contre l’insécurité routière et d’être sans pitié avec celles et ceux qui conduisent sous l’emprise de l’alcool ou des stupéfiants – tous les élus locaux vous diront que les accidents mortels sont dus, dans 90 % des cas, à l’alcool, à la drogue ou à des vitesses excessives –, je souhaite appeler votre attention sur la question des radars, qui sanctionnent les dépassements de limitation de vitesse de manière automatique. Il suffit de dépasser douze fois de quelques kilomètres une vitesse même modeste pour se voir retirer son permis de conduire. Cette automaticité n’est pas de bonne gouvernance, monsieur le ministre, et je dirai même qu’elle est idiote. J’avais déposé un amendement qui visait à apprécier le retrait du permis de conduire en fonction de la gravité des faits enregistrés de manière automatique. Mais, là encore, la commission des finances appliquant cet article scélérat qu’est l’article 40, ne me permet pas de défendre ici cet amendement qui, paraît-il, risquait de donner plus de travail aux préfets.
Il nous faut retrouver de l’intelligence dans la sanction, et l’automaticité doit cesser d’être la règle. Je compte donc sur votre sagacité et sur votre humanité pour reprendre ce chantier. Souvenez-vous de ce que disait Georges Pompidou à propos des règlements trop pointilleux : « Cessez d’emmerder les Français ! ».
En matière de radars et d’automaticité des sanctions, nous sommes allés beaucoup trop loin ; il nous faut revenir à une intelligence de bon aloi. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)
Mme Chantal Brunel. C’est courageux de le dire ! |