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M. le président. La parole est à M. Jacques Myard. (« Ah ! » sur les bancs du groupe UMP.)
M. Georges Mothron. Il va nous parler de Cameron ! (Sourires sur les bancs du groupe UMP.)
M. Jacques Myard. De Fachoda ! (Même mouvement.)
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, les temps sont durs, nous le savons. Mais lorsqu’il s’agit d’assurer notre défense, c’est-à-dire la sécurité du pays et des Français, le point de vue comptable n’est pas acceptable.
Je regrette donc que votre budget ne respecte pas les objectifs de la loi de programmation militaire – qui n’avaient rien d’extraordinaire, du reste – et que l’on vous demande de nouvelles économies, que nous risquons de payer cher.
Nous consacrons à notre défense 1,55 % du PIB de la nation, alors même que le budget militaire de certains États explose, qu’il s’agisse des États-Unis ou de pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. D’autres l’ont souligné.
Sans m’attarder sur les chiffres – je laisse ce soin à nos collègues de la commission de la défense –, je veux dire l’inquiétude que m’inspire la baisse de 658 millions d’euros des crédits du programme 146, « Équipement des forces ». Je doute fort qu’après cette baisse, vous puissiez revenir à 12,153 milliards d’euros en 2013, comme vous envisagez de le faire.
Je souhaite d’autre part m’interroger sur les menaces internationales et sur les choix stratégiques qui en découlent à mes yeux. La France, n’en déplaise aux déclinologues, est une puissance mondiale ; nous sommes tous d’accord sur ce point. Mais ses intérêts ne sont pas mis en cause de la même manière sur tous les continents. Ainsi, la France peut et doit avoir une position diplomatique sur les conflits en Amérique latine, mais elle se gardera bien d’y intervenir, même si, comme le disait Clemenceau à cette tribune le 11 novembre 1918, « elle sera toujours le soldat de l’idéal ».
Soyons précis. S’il était légitime de soutenir les États-Unis attaqués sur leur sol le 11 septembre 2001 par des commanditaires installés en Afghanistan, nous n’avons aucune vocation à nous maintenir dans ce pays, monsieur le ministre. La sécurité de la France ne se joue pas en Afghanistan.
En revanche, l’évolution de certains pays africains du Sahel est manifestement susceptible de porter directement atteinte non seulement à nos intérêts économiques et politiques, mais également à notre sécurité nationale – je songe à AQMI, pour ne pas le nommer.
Pour le dire clairement, et tout en saluant le courage, que dis-je ? l’abnégation, l’engagement de nos soldats : quand allons-nous quitter l’Afghanistan ? Quand allons-nous comprendre que nous devons nous occuper en priorité de notre Sud, puisque nos moyens sont limités ? Puisque nous ne saurions tout faire, puisque nous devons faire des choix, l’Afrique, la Méditerranée, le Proche-Orient doivent passer avant l’Extrême-Orient.
Mais savoir faire des choix géostratégiques, c’est aussi savoir choisir son armement. De ce point de vue, je ne peux que m’inquiéter du bouclier anti-missiles proposé par les États-Unis aux Européens, invite à laquelle certains de nos industriels seraient tentés de céder.
Prétendre que ce bouclier permettrait de se protéger contre l’Iran relève à mes yeux d’une véritable manipulation. D’abord, la réalité de la menace iranienne est éminemment discutable. Ensuite, il est illusoire de croire qu’une défense anti-missiles pourrait constituer un bouclier efficace. Le seul véritable bouclier, c’est la dissuasion nucléaire : l’atome rend sage.
En réalité, l’objectif des Américains est politique : garder le contrôle sur l’Europe et faire financer leur recherche-développement par des Européens naïfs. J’aimerais connaître votre position sur ce point, monsieur le ministre.
M. Hervé Morin, ministre de la défense. Vous la connaissez !
M. Jacques Myard. Eh bien, vous allez la rappeler, en essayant de ne pas vous contredire ! (Rires sur les bancs du groupe UMP.)
Savoir choisir son armement, c’est aussi savoir faire des choix en matière de coopération. Nous avons tous salué, il y a quelques jours, le rapprochement franco-britannique. Mais – car il y a un mais – nous devons rester entièrement maîtres de nos moyens, indépendants et capables de décider seuls, sans être tributaires d’États dont les intérêts ne sont pas identiques aux nôtres, fussent-ils nos alliés.
Monsieur le ministre, les États n’ont pas d’amis. C’était vrai hier, cela reste vrai aujourd’hui et cela le sera toujours demain. Souvenez-vous-en !
Je souhaiterais donc savoir si, dans votre esprit, ce rapprochement vise à réduire encore la voilure en transférant à d’autres tout ou partie de notre défense – ce serait une faute impardonnable – ou au contraire à nous permettre d’étudier ensemble la manière d’accroître nos moyens.
Car une très longue histoire nous enseigne qu’en matière de défense, nous devons d’abord compter sur nous-mêmes, pour nous-mêmes comme pour montrer le chemin aux autres, notamment aux nations européennes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP.)
M. Hervé Morin, ministre de la défense. Bravo ! |