Accueil > À l'Assemblée >Débats > Page précédente
 
voir la vidéo  
Assemblée nationale
XIIIe législature
Session extraordinaire de 2011


Compte rendu intégral

Séance du 8 novembre 2011

Projet de loi de finances pour 2012, seconde partie

 

M. Jacques Myard. Monsieur le ministre, comme j’appartiens à la majorité et que je vous soutiens, je dirai à propos de votre budget qu’il est le moins mauvais possible. Cependant, il n’est pas admissible que les affaires étrangères subissent des réductions de crédits depuis plus de cinq ans et que, depuis 1990, le nombre des agents de l’État et des agents diplomatiques ait constamment baissé. Il y a un moment où le quantitatif pose un problème qualitatif et il y va de la crédibilité de notre outil diplomatique à un moment où la situation internationale ne fait que se dégrader chaque jour davantage.

Il est urgent, et je m’adresse à l’ensemble de nos collègues car nous avons une responsabilité collective, de redresser la barre.

Au-delà des questions budgétaires, qui sont essentielles, je me pose la question de savoir quelle politique étrangère nous devons mener. Doit-on toujours rêver d’une Europe puissance, véritable chimère, ou doit-on regarder les réalités en face et réorienter notre action ?

L’Europe est terminée. Elle a réussi le marché unique. Elle existe. En revanche, la création d’un réseau diplomatique européen est une ineptie car il ne sera que l’illustration la plus parfaite des divergences politiques, économiques et commerciales des Européens. Plus que tout, il illustre les contradictions et les divergences entre les États européens. Je ne suis au demeurant pas le seul à le dire. Un autre Jacques, Jacques Delors, a dit avec force devant la commission des affaires européennes, il y a quelques semaines, qu’il ne croyait ni au mythe de l’Europe puissance, ni à une politique étrangère commune. Dieu sait que l’on ne peut pas lui faire grief, comme à moi-même, d’être un anti-européen.

Je le dis comme je le pense : il y a des économies à faire dans la contribution nette de la France à l’Union européenne, qui s’élève tout de même à la bagatelle de 5,3 milliards d’euros cette année. Il faut reprendre une partie de l’argent et le réinjecter dans notre outil diplomatique et dans l’action de la France au niveau international.

Notre avenir, monsieur le ministre, n’est plus véritablement en Europe. Car nous avons stabilisé ce continent grâce, il faut le souligner, à la révolution culturelle de l’Allemagne, qui a enfin compris ce qu’était une démocratie ! Culturellement, nous pouvons avoir des divergences avec l’Allemagne sans pour autant prendre les armes, Dieu soit loué !

Notre avenir se joue désormais en Afrique et en Méditerranée, c’est-à-dire sur notre flanc sud : l’Afrique avant l’Afghanistan, où nous n’avons plus rien à faire, je ne le dirai jamais assez.

La Méditerranée et l’Afrique portent aujourd’hui toutes les ruptures géostratégiques qui peuvent atteindre directement la France et l’Europe.

Démographiques : 250 millions d’habitants en 1950, un milliard en 2000 et, dans vingt à trente ans, 1,6 à 1,7 milliard. Il y a là une bombe démographique à nos portes, à deux heures de Paris, qui engendre des ruptures politiques, culturelles, sociologiques et religieuses de surcroît.

Nous avons l’obligation de réinvestir intellectuellement la Méditerranée et l’Afrique. À ce titre, il est urgent de créer un institut français de haut niveau sur le monde arabo-musulman car nous devons apprendre à mieux connaître ce qui se passe dans ces États. C’est une priorité car nous ne saurions laisser entre les mains d’un certain nombre d’intégristes le monopole de la pensée dans ce domaine.

Ce sont les raisons pour lesquelles nous devons réorienter tous nos moyens vers la Méditerranée et l’Afrique. Cela signifie privilégier nos actions bilatérales dans chacun de ces pays. L’heure n’est plus au multilatéral anonyme dans lequel la France perd ses moyens et sa voix. Monsieur le ministre, il n’y a pas de politique étrangère autre que celle de l’indépendance, vous le savez. Vous êtes la voix de la France et cette obligation vous incombe.

Quelle que soit la valeur de nos alliances, nous savons depuis Virgile que nous ne pouvons avoir confiance dans l’alliance avec un puissant. Les États n’ont pas d’amis, c’est à nous et à nous seuls de défendre nos intérêts.




Retour en haut