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M. le président. La parole est à M. Jacques Myard, inscrit sur l’article 1er.
M. Jacques Myard. Monsieur le ministre, monsieur le président, mes chers collègues et néanmoins amis, effectivement, nous devons saluer ce texte qui met en cohérence divers outils de notre politique extérieure, notamment en matière culturelle et de coopération internationale.
Plusieurs orateurs l’ont souligné, il s’agit pour la France d’accroître et de rendre plus efficace sa politique d’influence, sur le thème bien connu des publics policies – une fois n’est pas coutume, je vais employer l’anglais – des Américains qui, en matière d’efficacité, sont, eux, en cohérence avec leurs objectifs.
Je ne peux que saluer ce texte et je l’approuve. Néanmoins, monsieur le ministre, il faut bien comprendre une chose : nous ne devons nous en prendre qu’à nous-mêmes si notre pays perd de son influence, ce dont nous parlons beaucoup et ce que certains regrettent à juste titre. Pourquoi ? Nous voyons bien que cette influence dépend des outils – que vous allez améliorer – mais surtout de l’esprit et de la politique conduite.
Or, à mes yeux, l’influence de la France tient en un mot : son indépendance totale dans tous les domaines. Quand on est indépendant, on agace, on irrite. Tant mieux ! On n’agace pas, on n’irrite pas quand on rentre dans le rang et qu’on se met à l’aune du consensus mou, surtout de certains pays européens. Il ne faut donc pas hésiter à être indépendant et à en garder les moyens.
On a aussi parlé du déclin du français. C’est très simple : nous n’avons à nous en prendre qu’à nous-mêmes ! Quand, à Paris, des universitaires n’ont de cesse de vouloir ânonner un sabir, un globish international et distillent la culture française dans un idiome barbare qui n’est pas le nôtre, il ne faut pas s’étonner de la perte d’influence du français !
On a parlé depuis longtemps déjà avec Julien Benda de La trahison des clercs. Croyez-moi, nous n’avons qu’un retour bien mérité, alors que certains hauts fonctionnaires et l’ensemble du patronat français, dans les cénacles européens, ânonnent le globish au lieu d’employer la langue de Molière.
Regardons cela en face. L’indépendance tant de l’esprit que de notre langue est la clef de notre réussite.
On me rétorquera : nous ne sommes plus une hyperpuissance. Monsieur le ministre, regardez-moi bien : il n’y a aucune corrélation entre la taille et la puissance ! (Rires sur les bancs des groupes UMP et NC.)
Nous avons la capacité de faire bouger les lignes, car nous avons la capacité d’entraîner les autres. L’histoire internationale et de l’humanité est faite de pays de notre force mais qui avaient une cohésion interne et une volonté politique axée sur une stratégie bien définie leur permettant d’entraîner les autres et de faire bouger les lignes.
C’est cela qui est en cause, beaucoup plus encore que les moyens budgétaires – certes capitaux – et les outils qui sont nécessaires. C’est l’esprit d’indépendance qui doit primer.
Nous devons aussi privilégier les relations bilatérales. À force de se fondre, à longueur de temps, dans des actions multilatérales, la capacité de la France devient anonyme, elle fond au sein de cénacles que nous ne pouvons plus contrôler. En conséquence, nous perdons de l’influence.
L’avenir est au multibilatéral et non pas au multilatéral et à la fuite en avant dans des cénacles incontrôlés et incontrôlables.
Nous devons aussi être persuadés d’une chose : nous ne devons jamais faire confiance à une alliance avec un puissant ; c’est à nous de défendre nos intérêts, au quotidien, grâce au réseau diplomatique que nous avons et que nous devons toujours garder. Nous devons cesser de nous fondre dans un service extérieur européen qui ne sert à rien !
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères. Pour ceux qui ne sont pas habitués au Myard sans peine, je voulais traduire et préciser que M. Myard visait l’Europe.
M. Jacques Myard. Pas que ça !
M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères. Monsieur Myard, je vous le dis avec beaucoup d’affection et d’amitié : vous êtes très bon sur les chaînes de télévision anglaises et américaines.
M. Jacques Myard. Je m’adresse aux gens dans leur idiome !
M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères. Quand vous employez ce langage barbare que vous dénonciez, vous êtes également très clair !
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